Nuisances sonores: anticiper sur la nuit
Les beaux jours arrivent : la grande saison du bruit va repartir.
Voici donc un message de bienvenue à « nouvelle-ancienne » équipe qui reprend les rênes à la municipalité.
Un peu d’espoir pour commencer
Tout d’abord un constat positif : le candidat au poste de maire Vivien Coste, sorti vainqueur, a clairement mis la tranquillité publique au cœur de son propos et de sa campagne.
Encore mieux, la lutte contre le bruit figure explicitement dans son programme.
Sur la tranquillité plus globalement, la volonté affichée d’étendre les horaires d’opération de la police municipale est bienvenue.
Je me permets néanmoins d’exprimer des inquiétudes. Comment ces promesses vont-elles être mises en œuvre en pratique ?
Car le programme électoral du désormais maire Vivien Coste comporte d’autres éléments qui me font craindre que le candidat Coste a voulu plaire un peu à tout le monde pour gagner des voix. Le programme s’éparpille, tombe un peu dans le saupoudrage….
Nous risquons de nous trouver dans des situations où l’intérêt général - tranquillité et santé publiques, sécurité - risquent de passer à la trappe quand d’autres intérêts privés mais plus puissants chercheront à se faire valoir.
Durant la période de campagne et dans le programme, nous avons vu toutes ces concessions aux pressions des automobilistes : promesses de constructions de parkings, gratuité du stationnement étendue.
On sent déjà depuis plusieurs mois une recrudescence de « la bagnole » dans un centre-ville petit et saturé de voitures, avec son lot de bruits de moteurs, d’inconfort pour piétons et les trop rares cyclistes.
Il y a ensuite toutes ces promesses liées à la programmation d’événements. Une annonce m’interpelle particulièrement : la promesse d’un « événement d’ampleur à Noël » dans le programme.
Sur le fond, rien à dire sur les activités culturelles. Ma question sur la culture et les festivités ce n’est pas qu’elles sont vouées à exister – au contraire c’est très bien - c’est le comment de leur insertion dans le tissu urbain.
Les événements seront-ils de qualité et dignes d’une ville portant le label « Ville d’Art et d’Histoire » ?
Autorisera-t-on, comme on l’a fait chaque été jusqu’ici, des enceintes surdimensionnées lors d’événements de masse qui font vibrer les murs du Vieux Cahors et stressent les habitants jusqu’au tréfonds de leurs appartements pendant des heures, au moins une fois par semaine?
Autorisera-t-on les dérogations aux règles liées au bruit jusque très tard dans la nuit ? Le fera-t-on sur plusieurs jours d’affilée, plusieurs fois par semaine comme cela a souvent été le cas ?
Qui prendra la responsabilité de ces questions à la mairie?
Car pour assurer un certain succès des promesses faites, il faudra d’autres façons de fonctionner que celles pratiquées jusqu’ici.
Il sera nécessaire d’avoir une vraie vision d’ensemble au sein même du cabinet du maire, une planification commune de la vie culturelle et nocturne dans toute l’équipe, avec une articulation claire des objectifs et des priorités: commerces, bars, sécurité, culture, habitat, circulation etc.
Il faudra avoir une idée claire de ce qui prime en cas de conflit : combattre la nuisance ou favoriser le (et quel) business ?
Et il faudra une présence et de la réactivité aux moments clés, qui ont lieu en dehors ses horaires de bureau….
Voici donc mes quelques recommandations à la nouvelle équipe municipale :
Festivités : anticiper dès maintenant sur l’été 2026
Avoir en tête les choses suivantes :
a) Les bars et brasseries opérant le soir, cela ne fait pas le commerce en centre-ville, qui opère le jour. Ne pas confondre promotion du commerce en centre-ville et subvention de fait aux bars nocturnes.
b) Les nuisances, ça se gère pro-activement.
Actions requises
Limiter le nombre de dérogations accordées par semaine dans les mêmes quartiers aux restrictions sur le bruit amplifié dans l’espace public.
Obliger les tenanciers de bars et les associations qui organisent des festivités « de masse » en été à se coordonner. Leur donner des dates butoir et ne pas accepter les demandes de dernière minute. Assurer la transparence dans la gestion des arrêtés municipaux offrant des dérogations.
Dans le Vieux Cahors, interdire les grands événements impliquant de grandes enceintes et événements DJ qui sont inadaptées à ce milieu urbain. Favoriser les musiques acoustiques avec de vrais musiciens : peu importe le style de musique tant que ce sont de vraies personnes qui la font.
Introduire une règle générale : arrêt de toute musique amplifiée sur la place publique à 23h. Le maire de Figeac l’a fait en 2025 – et ce pour de très bonnes raisons, bien qu’un peu tard pour lui, la qualité de vie dans ce beau centre-ville-là s’étant fortement dégradée avant. A Cahors on peut éviter une dérive : commencer tout de suite !
Car c’est un constant que j’ai fait moi-même à Cahors : tous les événements où le bruit amplifié fort persiste après 23h dégénèrent. Les effets des drogues légales et illégales se font sentir sur les participants (ce n’est pas beau), les dégradations commencent : ça urine, ça hurle, ça tape, ça casse.
Par contraste, les soirées concerts avec musiciens devant les bars tendent à durer moins longtemps, et surtout à diffuser une meilleure ambiance en ville. Leur public est plus respectueux. Au niveau des affaires pour les bars, la différence est-elle si grande entre l’événement nuisible et la soirée plus agréable ?
Assurer, et pro-activement faire assurer , la tranquillité sur la voie publique la nuit durant et suivant les grandes festivitiés de type Mets Jeudis, Fête de la musique, soirées Halles s’il y a lieu. Responsabiliser les organisateurs, les faire contribuer à l’effort de gestion de la tranquillité publique après la fête, car les nuisances tendent à persister toute la nuit.
Des services de proximité la nuit
Je reste ambivalente sur cette question de police municipale, notamment sur son armement.
Ce dont on a besoin c’est d’une sorte de service « proximité » la nuit et les week-ends. Une petite équipe formée qui observe avec bienveillance, qui tout d’abord dialogue, qui fait le lien avec d’autres services (hôpital, social/hébergement d’urgence….), et pas seulement la police.
A cet égard, les quelques promesses un peu vagues et mystérieuses incluses dans le programme électoral du nouveau maire m’intéressent fortement. Ce sont les suivantes :
« Identifier, au sein des services de la Ville, un interlocuteur des habitants pour les troubles de voisinage. » (Cet interlocuteur travaillera-t-il uniquement en semaine de 9 à 17h, ou sera-ce un interlocuteur présent quand cela compte vraiment?)
« Mettre en œuvre des contrôles du bruit. » (Où, quand, comment?)
On attend de voir la mise en œuvre concrète !
Le policier armé on n’en a pas toujours besoin, en tout cas pas tout de suite – c’est le dernier ressort. L’arme létale du policier, brandie trop facilement, attise la défiance et l’agressivité.
Le problème de fond, c’est le vide. Ce qui manque ce ne sont pas les caméras de vidéosurveillance. Ce qui manque c’est la présence humaine. Des habitants en mesure de dire à la personne qui crie et qui casse : je suis là, je vis là. Tu es bienvenu dans mon quartier mais sache que c’est habité.
Il faut rénover, investir dans l’espace public, repeupler, même, ce centre-ville avec des gens qui veulent y mener une vie normale – familiale, professionnelle – et s’y investir personnellement. Il y a un problème profond d’attractivité. Ces questions dépassent le cadre de ce blog. Mais elles sont cruciales pour l’avenir de Cahors. Si le Vieux Cahors continue de se dégrader c’est l’ensemble de la ville qui en pâtira.
Et sur ces dernières, questions, je déplore un manque de priorités clairement articulées dans le programme. Comme déjà évoqué, ce programme ne manque pas d’idées sympathiques, mais il sent le saupoudrage et ne met pas vraiment “le grand paquet” pour ainsi dire sur ce qui est le coeur battant de la ville.
Il est néanmoins temps de souhaiter à la nouvelle équipe beaucoup de succès, de la remercier pour son écoute sur ce sujet, et de lui faire parvenir tous les encouragements nécessaires à faire ce qui est juste en matière de nuisances.