Trafics et nuisances : comment aggraver une situation quand on est une municipalité

Laissez-moi vous raconter une histoire, une histoire qui n’est pas finie. Celle des effets secondaires d’une épicerie de nuit sise dans la rue piétonne rue Joffre, Vieux Cahors. Au menu: manquements administratifs criants des services municipaux en tout premier lieu, abandon du centre-ville à lui-même la nuit, dégénérescence d’un quartier à 50 mètres de la mairie…Quand la situation est déjà délicate, pourquoi l’aggraver?

Voiture de non résident garée devant l’épicerie de nuit de la rue Joffre. La vidéo est du 8 avril au soir, mais c’est comme cela presque tous les soirs depuis janvier 2026.

Janvier 2026 - Le quartier autour de la mairie découvre que quelque part dans les services municipaux, quelqu’un a accordé une licence - vente d’alcool, ouverture jusqu’à deux heures du matin - à un gestionnaire d’épicerie de nuit qui s’est installé dans le cour intérieure d’un immeuble à moitié abandonné par les commerces et les habitants.

Le rue Joffre est piétonne. Un panneau à l’entrée de la rue depuis le boulevard Gambetta indique que l’accès aux voitures est interdit sauf aux riverains. Cela fait des lustres qu’une borne électrique opérée par la mairie pour bloquer l’accès aux véhicules ne fonctionne pas.

Résultat:

Trafic de voitures incessant 7 nuits sur 7. Vrombissement de moteurs, souvent trafiqués pour faire ‘péter’ ce mot d’échappement, quatre-cinq hommes jeunes - des jeunes femmes parfois - dans les voitures, plaques d’immatriculation: 31, 33, 2A, 2B, 87, 77…. Le réseau de clients est national! Le Red Bull doit être particulièrement excellent dans cette épicerie.

Claquage de portes, cris, voix. Et les deux-roues aussi avec le bruit perçant de leurs petits moteurs.

Attitude triomphante des occupants des voitures, qui vous regardent de haut quand vous leurs dites qu’ils n’ont pas le droit d’être là. Ils reviennent malgré des verbalisations de la police et de multiples avertissements aux gérants de l’épicerie.

Fin janvier début février 2026: des groupes d’adolescents passent leurs soirées devant le pas de porte. On commence à trouver des ballons dégonflés dans la rue et les rues adjacentes - protoxyde d’azote. Les matins dans le quartier: ordures, traces d’urine…

Initiatives de ma part en janvier/février 2026 :

D’abord, prévenir la police municipale, dont les locaux sont à côté. Repasser. Appeler une fois pour voir en début de soirée quand ils sont encore d’astreinte entre 19h et 20h, quand il y a des voitures garées sans autorisation, des ados devant qui font on ne sait pas trop quoi - manger des bonbons on suppose. Rien ne se passe.

Par contre des instructions répétées: “Appelez le 17”.

Appel, donc, du 17 quand ça devient vraiment intenable la nuit quand les services de la municipalité dorment. La police nationale découvre ainsi le lieu.

Elle prépare un dossier qui est “remonté”, selon un agent. De temps en temps elle verbalise les contrevenants au code de la route quand elle n’a rien d’autre à faire - ce n’est pas qu’elle chôme en ce moment. Un policier a été victime d’un acte d’agression d’un trafiquant ces derniers jours.

Il y aurait enquête en cours sur les activités de trafics de drogue autour de cette épicerie. Le flagrant délit reste difficile à saisir.

Les nuisances continuent. Le quartier dort mal.

Je demande la re-fermeture de de la rue aux automobiles la nuit aux divers services de la mairie: proximité, mobilité/voirie - qui se passent les responsabilités. On me dit aussi de voir avec la police municipale à ce sujet. J’obtempère. Aucun résultat.

Pendant ce temps, la nuit, tout le centre-ville se remplit de bruits de moteurs truqués, les trafics se multiplient partout dans le Vieux Cahors.

Dans tout ça, la rue Joffre a tout l’air d’une plateforme névralgique de trafics la nuit.

Car peut-on sérieusement croire que toutes ces voitures débarquent seulement pour acheter des canettes de bière, des bonbons Haribo et du Red Bull?

Début février: Lettre recommandée de ma part au Maire, au Commissaire et à la Préfecture. Pas de réponse.

Le scénario de nuisances décrit plus haut se poursuit.

D’autres voisins se mobilisent à leur façon aussi, préviennent la mairie et les autorités. Certaines personnes se taisent: elles ont peur.

Début mars: N’ayant pas eu de réaction, trois semaines après la lettre, j’appelle le cabinet du maire. Comme évidemment je ne suis pas la seule à me plaindre, et qu’il y a d’autres cas d’épiceries de nuit à pre-problèmes, le lendemain - le maire édicte un arrêté municipal. Cet arrêté:

  • Interdit la vente d’alcool après 20h certains jours

  • Rend obligatoire la fermeture de toutes les épiceries de nuit à 22h.

Texteici.

La mairie ne communique pas publiquement sur cet arrêté. Il est simplement publié au milieu de tous les autres actes sur son site internet peu lisible.

Les médias locaux ne semblent pas prendre note.

Je reçois une lettre - courtoise et digne - du maire sortant m’informant de cette décision.

Ma lettre à la mairie contenait deux demandes: 1) gérer la question de l’épicerie elle-même, 2) re-fermer l’entrée de la rue Joffre la nuit.

La lettre courtoise du maire n’évoque pas le point 2)

L’impunité règne

Début mars 2026 jusqu’à la date d’aujourd’hui:

Le défilé de voitures et mobylettes après 19h dans la rue Joffre continue.

Les nuisances de toutes sortes continuent. Des riverains directs m’ont indiqué avoir aperçu des déchets liés à des cigarettes de contrebande et des ballons et autres traces de consommation de protoxyde d’azote devant leur pas de porte.

Tout cela c’est probablement le pic d’un iceberg: signe d’un “commerce de centre-ville” florissant.

L’épicerie continue d’opérer après 22h malgré l’arrêté en question et les assurances qu’on m’a faites que le gérant a été bien été prévenu de ce dernier.

L’impunité règne.

Des clients de l’épicerie sont accueillis en musique à 22h32 le 8 avril 2026.

A 22h, le gérant ferme une grille qui donne accès à la cour intérieure de l’immeuble, jouant à l“accès privé”. Mais les clients défilent et on entend dans tout le quartier les bruits de chaînes et de serrures de la grille, les voix, les moteurs de voitures et les claquements de porte, les musiques des voitures, les mobylettes. Jusqu’au milieu de la nuit.

Je recommence donc mon parcours bureaucratique: passage à la police municipale (“appelez le 17”); appels au 17 quand ça devient trop insupportable. Un soir un agent au bout du fil du 17 se dit exaspéré du fait que l’entrée de la rue Joffre reste ouverte et leur donne plus de travail qu’il n’en ont déjà….

Je vais donc même encore plus loin et dépose une main courante contre l’épicerie à cause des nuisances causées. L’agent de la police nationale qui prend ma déposition : “Appelez le 17”.

Mais combien de fois appelle-t-on le 17 pour se faire dire qu’ils n’ont pas le temps, qu’il faut que la mairie ferme la rue, qu’il n’y a pas de brigades.

Apparemment, la police nationale ne sait pas mettre en demeure la commune de faire son travail. …. Etonnant….

Je re-demande la re-fermeture de la rue pour la nuit auprès de la mairie….C’est compliqué me dit-on. Ah oui? Donner des autorisations/dérogations à une douzaine de riverains, personnel de mairie et aux services de propreté qui passent entre 19h et disons 7h du matin, c’est si compliqué?

Par contre, ça réduirait déjà les nuisances (sans régler le problème de fond, certes, mais ça laisse le temps aux enquêtes de prendre leur cours et au quartier d’être moins directement affecté par les nuisances).

Dans mes échanges il a brièvement été question d’une solution de barrière temporaire en attendant la réparation onéreuse, dit-on, de la borne. Mais depuis quelques semaines, rien. Silence.

Rien ne bouge, la vie des riverains laisse indifférent le personnel de la mairie

1er avril 2026: Coup de fil au cabinet du maire, suivi d’un email très clair expliquant la situation, demandant le déclenchement d’une enquête en vue d’une procédure de fermeture administrative, et re-demandant la fermeture de la rue Joffre aux voitures la nuit.

J’apprends, en rappelant le cabinet une semaine plus tard pour savoir où il en est du courriel, que ce dernier a mis quatre jours ouvrables à le “transmettre” aux intéressés.

Le week-end de Pâques horrible que les riverains voisins de la mairie ont passé entre-temps n’intéresse manifestement personne. Le sommeil et la tranquillité des riverains, ce ne sont pas les préoccupations des instances dirigeantes de la municipalité.

L’ambiance absolument délétère la nuit dans Cahors, ça n’intéresse vraiment pas ceux qui dirigent la ville.

Ils se retirent dans leur pavillon péri-urbain et s’en moquent.

On semble, dans ces instances municipales, attendre des miracles de la police nationale sans réfléchir aux démarches qu’on se doit de faire en tant que mairie. Sens réfléchir sérieusement aux devoirs qui vous incombent au titre des pouvoirs de police et en matière de circulation et voirie. Il n’y a pas d’excuse ici: on touche au coeur des compétences municipales.

Tout cela alors que la tranquillité publique et la sécurité ont été déclarées au coeur des préoccupations de l’ancien chef de cabinet devenu maire!

On aurait pu penser que l’équipe s’emparerait d’un tel cas tout de suite - surtout qu’il n’y a pas de changement d’équipe, notamment matière de sécurité publique….On aurait attendu une équipe sur les starting-blocks comme on dit… Or: rien.

Ronronnement administratif

Hélas, voilà comment les choses fonctionnent.

On est face à un ronronnement administratif tranquille, une inertie bureaucratique d’autorités détachées de la réalité du terrain, de ce qui se passe à 50-mètres-même du centre du pouvoir municipal.

Tellement de nuisances et de situations sécuritaires délicates pourraient être évitées par des actes municipaux simples.

On parle beaucoup de police municipale armée et de caméras de vidéosurveillance.

En partie tout cela est une distraction, une excuse pour ne pas faire son travail dans le cadre des règles et institutions existantes. Pas besoin de décritoter l’Etat de droit: le faire appliquer ce serait déjà un début!.

Pour une mairie, faire appliquer les règles existantes et surtout être organisé pour cela pourrait déjà éviter beaucoup de nuisances. Cela ferait sentir aux trafiquants que la ville n’est pas un “open bar” pour eux, que l’impunité ne règne pas.

Quoi qu’on pense de la police nationale: en tant que municipalité on ne se défausse pas de ses responsabilités pour la laisser gérer les pots qui auraient pu ne pas être cassés si la ville était bien administrée.

Ce qui me frappe dans ce cas particulier - et c’est le cas pour beaucoup d’autres situations que j’ai vécues jusqu’ici à Cahors - ce sont bien souvent des manquements administratifs de la municipalité qui facilitent et aggravent les nuisances. Notamment les suivants:

  • autorisations nocturnes sans réflexion ni conditions  - d’autres villes ont commencé à faire des vérifications de l’identité et du passé des gérants d’épicerie avant d’accorder des licences. Ici? Rien. La rumeur jase sur l’identité des nouveaux propriétaires des lieux et du gérant de l’épicerie. Je ne les reproduirai pas ici. Tout cela démontre qu’il y a eu absence d’anticipation dans la prise de décision. On est dans la routine administrative de petite ville tranquille alors que ça flambe dehors - et cela depuis un bon moment déjà.

  • non-application, que je crois désormais être délibérée, de ses propres règles de voirie;

  • déresponsabilisation générale des différentes directions/sections de l’administration. Pardon aux agents dévoués auxquels j’ai eu affaire: le problème c’est celui des chefs.

Je l’ai déjà écrit dans mon dernier billet sur ce blog:

“Il sera nécessaire d’avoir une vraie vision d’ensemble au sein même du cabinet du maire, une planification commune de la vie culturelle et nocturne dans toute l’équipe, avec une articulation claire des objectifs et des priorités: commerces, bars, sécurité, culture, habitat, circulation etc.

Il faudra avoir une idée claire de ce qui prime en cas de conflit : combattre la nuisance ou favoriser le (et quel) business ?”

Ca s’applique dans le cas des épiceries de nuit aussi.

Pendant que la ville brûle la nuit, la mairie dort. Je découvre une vérité inconfortable: les petites villes de France se meurent par légèreté.

Il n’y a pas qu’à Cahors que ce phénomène existe. Mais il se trouve que je vis à Cahors et que cela ne se passera pas sans que je le crie haut et fort sur place publique.

Peut-être que cela fera bouger les choses. Cahors peut, encore, ne pas sombrer comme d’autres petites villes d’Occitanie. Pour autant faudrait-il faire le nécessaire.


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